
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) vient de publier un avis important qui pourrait revoir en profondeur les pratiques du diagnostic plomb ou constat de risque d’exposition au plomb (CREP). En effet, dans son rapport du 9 juillet 2025, cette institution recommande une évolution notable des critères d’homologation des appareils de détection du plomb dans les revêtements. Celle-ci permettrait d’introduire de nouvelles technologies plus sûres en matière de santé et de sécurité, plus pratiques et moins contraignantes pour les opérateurs parce qu’elles n’exigent pas de recours à la radioactivité.
Détection plomb : l’abandon des exigences techniques au profit d’un critère de performance
Depuis 2005, la réglementation française impose l’usage d’appareils capables d’analyser la raie K du spectre de fluorescence émis en réponse au plomb, ce qui privilégie les équipements à source radioactive. Cette contrainte technique résulte des conclusions de l’ancienne Agence française de sécurité sanitaire environnementale (AFSSE), qui avait jugé les appareils à tube (sans source radioactive) insuffisamment performants face aux revêtements épais ou multicouches. Or, depuis, les appareils à tube ont évolué et d’autres études ont permis de mettre en évidence que ceux à rayons X de seconde génération présentent des performances proches de celle des détecteurs de plomb à fluorescence X sous certaines conditions.
L’ANSES propose donc désormais de substituer cette obligation de technologie par des critères de performance mesurables et objectifs. Il s’agirait d’évaluer chaque appareil sur sa capacité réelle à détecter le plomb au seuil réglementaire de 1 mg/cm2, et ce, indépendamment de sa technologie interne, avec ou sans source radioactive. Les critères d’évaluation s’appuieraient alors sur des paramètres tels que la justesse, la répétabilité, la sensibilité et la potentialité de détection à travers différents matériaux de recouvrement.
CREP et analyseurs plomb : vers une diversification technologique encadrée et sécurisée
La recommandation de l’ANSES s’appuie sur une étude du Laboratoire national d’essais (LNE) en 2023. Celle-ci a démontré que les appareils à tube de nouvelle génération atteignent des performances comparables aux équipements radioactifs lorsqu’il s’agit de détecter des teneurs autour du seuil réglementaire. L’ANSES souligne par ailleurs les avantages évidents de ces technologies sans source radioactive en matière de santé et de sécurité. Plus de risque d’exposition et une simplification considérable en matière d’utilisation.
L’Agence insiste néanmoins sur la nécessité d’instaurer une procédure rigoureuse d’évaluation préalable à la commercialisation de ces nouveaux appareils de détection, ainsi qu’un renforcement de la formation des diagnostiqueurs immobiliers pour maîtriser les appareils de tout type. Cette transition devra également inclure les spécificités des diagnostics plomb avant travaux, dont la réglementation diffère de celle des CREP et des diagnostics de risque d’intoxication par le plomb des peintures (DRIPP). Il s’agira aussi d’harmoniser en conséquence la norme NF X46-035 de juin 2021, relative au repérage plomb avant travaux dans les immeubles bâtis.